L'arrêté interministériel du 11 septembre 2026, publié au Journal officiel le 22 septembre, a statué sur la sécheresse de 2025 : 75 communes reconnues en état de catastrophe naturelle en France, 168 refusées. En Gironde, selon la liste publiée, seules Beychac-et-Caillau et Cadaujac sont reconnues pour cet épisode. Pour les propriétaires concernés, le délai pour déclarer le sinistre à l'assureur expire le 22 octobre 2026.
Pour les autres, et ils sont nombreux à voir des fissures s'ouvrir sur leur maison ou entre leur maison et une extension, la question est la même : que faire maintenant ? Voici comment s'y retrouver, que votre commune soit reconnue ou non.
Pourquoi tant de maisons fissurent-elles en Gironde ?
Une grande partie de la métropole bordelaise et de l'Entre-deux-Mers repose sur des sols argileux. L'argile se rétracte quand elle sèche et gonfle quand elle se réhumidifie. Ce phénomène, appelé retrait-gonflement des argiles, fait bouger les fondations peu profondes, de façon inégale selon l'ensoleillement, la présence d'arbres ou les fuites d'eau à proximité.
Les étés secs suivis d'hivers pluvieux multiplient ces cycles. Les maisons individuelles, posées sur des semelles superficielles, y sont les plus sensibles. Vous pouvez connaître l'exposition de votre terrain sur le site public Géorisques, en saisissant votre adresse.
Je détaille la façon de lire une fissure (forme, ouverture, évolution) dans l'article fissures sur une maison à Bordeaux : quand faut-il s'inquiéter ?
Ma commune est reconnue : que dois-je faire ?
Le délai est court et il ne se rattrape pas. Vous avez 30 jours à compter de la publication de l'arrêté au Journal officiel pour déclarer le sinistre à votre assureur habitation.
- Déclarez par écrit, idéalement par lettre recommandée avec accusé de réception, ou par l'espace client si votre assureur le permet, en gardant une preuve de l'envoi.
- Joignez des photos datées des fissures, avec un mètre ou une règle pour donner l'échelle, et décrivez depuis quand vous les observez.
- Listez tous les désordres : fissures intérieures et extérieures, portes ou fenêtres qui frottent, carrelage décollé, sol qui s'affaisse.
La garantie catastrophe naturelle est incluse dans les contrats multirisques habitation. Une franchise légale de 1 520 € reste à votre charge pour les dommages liés à la sécheresse. L'assureur mandate en général un expert : vous pouvez vous faire assister par votre propre expert pour vérifier que l'ensemble des désordres et leur cause sont bien pris en compte.
Ma commune n'est pas reconnue : ai-je encore des recours ?
Oui, plusieurs pistes existent, et elles dépendent de l'âge de la maison ou des travaux.
- Signalez vos dommages en mairie. La reconnaissance se fait à la demande de la commune : plus les habitants signalent de désordres, plus le dossier est solide pour une nouvelle demande ou pour un épisode suivant.
- Si la maison ou l'extension a moins de dix ans depuis la réception des travaux, la garantie décennale du constructeur peut jouer pour les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination (articles 1792 et suivants du Code civil). L'assurance dommages-ouvrage, si elle a été souscrite, permet d'être indemnisé sans attendre la recherche des responsabilités.
- Une fuite de canalisation enterrée ou un défaut d'évacuation des eaux pluviales peut aussi être à l'origine du mouvement. Dans ce cas, d'autres garanties de votre contrat peuvent s'appliquer.
Dans tous les cas, un constat technique indépendant, avec photos, mesures et analyse des causes, est la pièce qui fait avancer le dossier face à l'assureur ou au constructeur.
Pourquoi l'extension se décolle-t-elle de la maison ?
C'est l'une des demandes que je reçois le plus souvent : une extension d'une vingtaine de mètres carrés, construite il y a quelques années, et des fissures qui apparaissent puis s'élargissent à la jonction avec la maison. Les signes sont typiques :
- une fissure verticale ou en biais au raccord entre l'ancien et le neuf, souvent au droit d'une poutre ou d'une ouverture ;
- une porte dont le cadre se déforme et qui frotte ;
- un sol qui s'affaisse près de la jonction, visible par un écart sous les plinthes.
La cause tient souvent à la différence entre les deux constructions. La maison et l'extension n'ont pas les mêmes fondations, ni la même profondeur, ni le même poids, et elles ne bougent pas de la même façon sur un sol argileux. Sans joint de rupture entre les deux, ou si les fondations de l'extension sont trop peu profondes pour le terrain, les mouvements se concentrent à la jonction.
Une extension de moins de dix ans relève en principe de la garantie décennale de l'entreprise qui l'a construite. C'est un point à vérifier rapidement : retrouvez le procès-verbal de réception, l'attestation d'assurance décennale de l'entreprise et, le cas échéant, l'étude de sol.
Comment savoir si une fissure est grave ?
Trois critères comptent plus que l'aspect de la fissure :
- son ouverture : on parle couramment de microfissure en dessous de 0,2 mm et de lézarde au-delà de 2 mm ;
- son évolution : une fissure qui s'ouvre d'une saison à l'autre signale un mouvement actif. Un témoin en plâtre ou une jauge collée de part et d'autre permet de le vérifier ;
- les signes associés : portes et fenêtres qui coincent, sol qui s'affaisse, décalage entre deux parties du bâtiment.
Une fissure fine, stable et isolée relève le plus souvent de l'entretien. Une fissure qui s'élargit, traverse le mur ou s'accompagne d'une déformation demande un diagnostic, puis le cas échéant une étude de sol avant de choisir une solution de reprise.
Quels travaux pour stabiliser la maison ?
Il n'y a pas de solution unique, et c'est là que les mauvaises surprises arrivent. Selon la cause, on peut agir sur l'eau autour de la maison (gestion des eaux pluviales, trottoir périphérique, éloignement des arbres), sur les fondations (reprise en sous-œuvre, micropieux, injections de résine) ou simplement sur les finitions si le mouvement est stabilisé.
Les devis de reprise en sous-œuvre atteignent vite plusieurs dizaines de milliers d'euros. Avant de signer, assurez-vous que la solution proposée répond bien à la cause identifiée, et faites comparer plusieurs offres. Le guide pour choisir ses artisans à Bordeaux donne les vérifications de base.
Questions fréquentes
Jusqu'à quand puis-je déclarer un sinistre sécheresse après l'arrêté ?
Vous disposez de 30 jours à compter de la publication de l'arrêté au Journal officiel. Pour l'arrêté publié le 22 septembre 2026, la date limite est le 22 octobre 2026.
Quelle franchise reste à ma charge ?
Pour les dommages liés à la sécheresse et à la réhydratation des sols, la franchise légale est de 1 520 € pour une habitation. Elle est fixée par la réglementation et ne se négocie pas.
Mon extension a cinq ans et elle se fissure : qui est responsable ?
Si les désordres compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à son usage, la garantie décennale de l'entreprise qui a construit l'extension peut s'appliquer pendant dix ans après la réception. Un constat technique permet d'établir le lien entre les désordres et la construction.
Faut-il reboucher les fissures en attendant ?
Non, pas avant le passage de l'expert. Photographiez-les avec une échelle, notez leur date d'apparition et posez si possible un témoin pour suivre leur évolution.
Sources consultées le 19 octobre 2026 : arrêté interministériel du 11 septembre 2026 portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle (Journal officiel du 22 septembre 2026), liste relayée par JeChange le 22 septembre 2026 ; franchise et délai de déclaration : Code des assurances et information des assureurs ; articles 1792 et suivants du Code civil ; Géorisques pour l'exposition des sols.